Figures et prophéties

La Pythie de Delphes, l'oracle le plus célèbre de l'Antiquité

Pendant plus de mille ans, rois et cités ont consulté la prêtresse d'Apollon à Delphes. Comment fonctionnait l'oracle, pourquoi ses réponses étaient si ambiguës, et ce que la science en dit.

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Sur les pentes du mont Parnasse, en Grèce, le sanctuaire d'Apollon à Delphes a été pendant plus d'un millénaire le lieu où l'on venait interroger l'avenir. Une femme, la Pythie, y rendait les oracles du dieu. Rois, généraux et cités entières faisaient le voyage. Ses réponses sont restées célèbres pour une raison : elles pouvaient presque toujours se lire de deux façons.

Comment fonctionnait l'oracle

La Pythie était une prêtresse d'Apollon, choisie parmi les femmes de Delphes. À certains jours de l'année, après des rites de purification et des sacrifices, elle s'asseyait sur un trépied dans la partie la plus sacrée du temple et répondait aux questions des consultants. Des prêtres transmettaient ses paroles, parfois mises en vers. Les consultations se sont poursuivies, avec des hauts et des bas, du VIIIe siècle avant notre ère jusqu'à la fin du IVe siècle après, quand les empereurs chrétiens interdisent les cultes païens.

Sur le temple, une inscription célèbre accueillait les visiteurs : « Connais-toi toi-même ». L'historien et philosophe Plutarque, qui fut lui-même prêtre à Delphes au Ier siècle, a consacré plusieurs dialogues à l'oracle, à sa manière de parler et à son déclin.

Plutarque donne des détails concrets. À l'origine, l'oracle ne parlait qu'une fois par an, le septième jour du mois de Bysios, jour de naissance d'Apollon ; plus tard, les consultations eurent lieu le sept de chaque mois, sauf pendant les trois mois d'hiver, où le dieu était censé être absent. Le consultant payait une taxe, puis on aspergeait d'eau froide une chèvre : si elle frissonnait, le dieu acceptait de répondre. Aux périodes les plus fréquentées, deux Pythies se relayaient, et une troisième se tenait prête.

Le lieu lui-même avait un sens. Selon la légende, Zeus lâcha deux aigles depuis les deux bouts du monde, et ils se rejoignirent à Delphes : une pierre sculptée, l'omphalos, le « nombril », y marquait le centre de la Terre. À côté de « Connais-toi toi-même », une autre maxime était inscrite au temple : « Rien de trop ».

Des réponses à double tranchant

  • Crésus, roi de Lydie, demande s'il doit faire la guerre aux Perses. L'oracle répond, selon l'historien Hérodote, qu'il détruira un grand empire. Crésus attaque, et c'est le sien qui tombe.
  • En 480 avant notre ère, face à l'invasion perse, les Athéniens reçoivent le conseil de se fier à un « rempart de bois ». Le général Thémistocle y voit leur flotte : la victoire navale de Salamine lui donne raison.
  • Selon Platon, un ami de Socrate demande à l'oracle s'il existe un homme plus sage que Socrate. La réponse est non ; Socrate conclut que sa sagesse consiste à savoir qu'il ne sait rien.

Ces réponses ont un point commun : elles laissent le consultant faire le travail. Plutarque, qui cite Héraclite, le dit en une ligne : le dieu de Delphes ne dit pas, ne cache pas, il fait signe. Crésus, lui, avait oublié de demander de quel empire il s'agissait.

Ce que dit la science

Les auteurs antiques parlent d'un souffle, de vapeurs qui s'élèveraient du sol et inspireraient la Pythie. Au début des années 2000, une équipe de géologues a relevé que le temple est construit au croisement de deux failles, et a proposé que des gaz, comme l'éthylène, aient pu s'en échapper et provoquer un état de transe. L'hypothèse a été discutée depuis : les quantités de gaz nécessaires et les effets décrits ne s'accordent pas facilement. La question reste ouverte.

Ce qu'on en sait aujourd'hui

Delphes était autant une institution politique qu'un lieu religieux : l'oracle influençait les fondations de cités, les guerres, les alliances, et le sanctuaire s'enrichissait des offrandes. Les historiens y voient un formidable outil de décision collective, où la parole du dieu permettait de trancher des débats difficiles. Ce que la Pythie éprouvait sur son trépied, personne ne le sait. Ses réponses, elles, obligeaient à réfléchir, et on les cite encore.

Sources

  • Hérodote, Histoires, livre I, 53 et 91 (Crésus) et livre VII (le « rempart de bois »).
  • Platon, Apologie de Socrate, 21a.
  • Plutarque, Dialogues pythiques (Sur les oracles de la Pythie, chap. XXI, qui cite Héraclite ; Sur la disparition des oracles).
  • Pierre Amandry, La Mantique apollinienne à Delphes, Paris, De Boccard, 1950.
  • J. Z. de Boer, J. R. Hale et J. Chanton, « New evidence for the geological origins of the ancient Delphic oracle », Geology, 2001.

Preguntas frecuentes

Qui était la Pythie ?

La prêtresse d'Apollon qui rendait les oracles au sanctuaire de Delphes, en Grèce, du VIIIe siècle avant notre ère jusqu'à la fin du IVe siècle après.

Quelle est la prédiction la plus célèbre de la Pythie ?

Celle faite à Crésus, roi de Lydie : s'il attaquait les Perses, il détruirait un grand empire. Il attaqua, et c'est le sien qui tomba.

Des gaz expliquent-ils les transes de la Pythie ?

Une équipe de géologues l'a proposé en 2001, en relevant des failles sous le temple. L'hypothèse est discutée et n'est pas démontrée.

D'où vient « Connais-toi toi-même » ?

De l'inscription gravée au temple d'Apollon à Delphes, l'une des maximes les plus célèbres de l'Antiquité.