Figures et prophéties
Baba Vanga : la voyante bulgare et les prophéties qu'on lui attribue

Qui était Vangelia Gushterova, la voyante aveugle que des milliers de gens sont venus consulter, ce qu'on sait de ses paroles, et d'où viennent les listes de chaque année.
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Chaque fin d'année, la même liste revient dans les journaux : les prophéties de Baba Vanga pour l'année suivante. Guerre mondiale, catastrophe climatique, contact avec des extraterrestres. Derrière ce nom, il y a une femme bien réelle, aveugle, qui a reçu pendant des décennies des milliers de visiteurs dans un village du sud de la Bulgarie. Mais il n'y a presque aucun texte de sa main.
Qui était-elle ?
Vangelia Pandeva Dimitrova naît en janvier 1911 à Strumica, alors dans l'Empire ottoman, aujourd'hui en Macédoine du Nord. Enfant, elle perd la vue à la suite d'une violente tempête, vers l'âge de douze ans. Elle épouse Dimitar Gushterov et s'installe à Petrich, dans le sud-ouest de la Bulgarie. C'est là que sa réputation de guérisseuse et de voyante grandit, au point que des foules viennent la consulter.
Dans la Bulgarie communiste, sa renommée est telle que l'État organise les visites et s'y intéresse de près. Dans les années 1960, elle devient même employée de sa commune et d'un institut de l'Académie bulgare des sciences, qui cherche à donner une base scientifique aux dons qu'on lui prête. Elle meurt en août 1996 à Sofia. Sa maison de Petrich est devenue un musée, et elle a fait construire une église à Rupite, où elle est enterrée.
Ce qu'elle a vraiment dit
Baba Vanga ne savait pas écrire au sens où l'on écrit un livre, et elle n'a laissé aucun recueil de prophéties. Ce qu'on sait d'elle vient de témoignages : ceux de visiteurs, de proches, dont sa nièce Krassimira Stoyanova qui a publié des souvenirs, et d'articles de presse de son vivant. Ses paroles, rapportées, étaient souvent personnelles, adressées à la personne en face d'elle : une maladie, un disparu, un conseil de vie.
Les grandes prophéties mondiales qui circulent sous son nom n'apparaissent pas dans ces sources anciennes. Elles surgissent pour la plupart après sa mort, souvent après les événements qu'elles sont censées avoir annoncés.
Ce qu'on lui prête sans source
- Les attentats du 11 septembre 2001 : la phrase sur des « frères américains » tombés sous les coups « d'oiseaux d'acier » n'a été retrouvée dans aucune source antérieure aux attentats.
- La fin de l'Europe en 2016, une troisième guerre mondiale à une date précise, l'arrivée d'extraterrestres : ces annonces reviennent d'une année sur l'autre, la date glisse quand elle est dépassée.
- Une liste d'événements jusqu'à l'an 5079 : aucune source sérieuse ne permet de la faire remonter à elle.
- Chaque année, de nouvelles « prédictions pour l'année prochaine » sont publiées, sans citation vérifiable. Les services de vérification des faits, comme l'AFP Factuel ou Snopes, en ont démonté plusieurs.
Pourquoi son nom est devenu une marque
Une figure réelle, touchante et célèbre, sans corpus écrit : c'est une page blanche parfaite. N'importe quelle prédiction peut lui être attribuée, et personne ne peut la démentir. Les listes de fin d'année attirent les lectures, et une annonce qui ne se réalise pas est simplement oubliée, ou reportée à plus tard. Quand un événement semble correspondre, la prédiction est ressortie, parfois rédigée après coup.
Comment vérifier une « prophétie de Baba Vanga »
- Chercher la première publication : si la phrase n'apparaît qu'après l'événement, elle ne prouve rien.
- Demander la citation exacte, en bulgare, avec le nom de la personne qui l'a entendue et la date. Une paraphrase anglaise reprise de site en site n'est pas une source.
- Regarder le reste de la liste : combien d'annonces des années précédentes ne se sont pas réalisées ? C'est l'effet Jeane Dixon, expliqué dans une autre fiche.
- Se méfier des dates lointaines, comme l'an 5079 : personne ne pourra les démentir de notre vivant.
Ces réflexes valent pour toutes les figures de cette rubrique. Ils ne disent pas si Vangelia Gushterova avait un don ; ils disent seulement si une phrase précise peut lui être attribuée.
Ce qu'on en sait aujourd'hui
Pour beaucoup de Bulgares, Baba Vanga reste une figure populaire et respectée, une guérisseuse dont on raconte les consultations. Des milliers de gens l'ont rencontrée et en ont témoigné. Aucune de ses paroles n'a été écrite et datée avant les faits : on ne peut donc ni prouver qu'elle voyait juste, ni prouver le contraire. Les listes de chaque janvier, elles, ne citent aucun texte d'elle ; si l'une t'inquiète, demande d'abord où, et quand, elle a été écrite.
Sources
- Maison-musée de Vanga, Petrich (Bulgarie), et église Sainte-Petka de Rupite.
- Souvenirs publiés par sa nièce, Krassimira Stoyanova, en bulgare.
- Vérifications de l'AFP Factuel et de Snopes sur les listes de « prophéties de Baba Vanga » qui circulent chaque année.
- Bruce Berglund et Brian Porter-Szűcs (dir.), Christianity and Modernity in Eastern Europe, Central European University Press, 2010, p. 252-256 (l'institut de l'Académie bulgare des sciences et son emploi), cité par la page « Baba Vanga » de Wikipédia en anglais.
- Page « Baba Vanga » de Wikipédia en anglais, et l'article du quotidien bulgare 24 Chasa qu'elle cite : des proches disent qu'elle n'a jamais fait certaines des prédictions qu'on lui prête.
Preguntas frecuentes
Baba Vanga a-t-elle écrit ses prophéties ?
Non. Elle n'a laissé aucun recueil. Ce qu'on sait d'elle vient de témoignages de visiteurs et de proches, et d'articles publiés de son vivant.
Baba Vanga a-t-elle prédit le 11 septembre ?
On ne peut pas le savoir : aucun texte ni témoignage daté d'avant 2001 n'est connu. Les phrases citées circulent depuis les attentats.
D'où viennent les « prédictions de Baba Vanga » pour l'année prochaine ?
De la presse et des réseaux sociaux, qui les republient chaque année sans citation vérifiable. Plusieurs de ses proches ont dit qu'elle n'avait jamais fait certaines des prédictions qu'on lui prête.
Qui était vraiment Baba Vanga ?
Vangelia Gushterova (1911-1996), une femme devenue aveugle dans son enfance, qui a reçu des milliers de visiteurs à Petrich, en Bulgarie, comme guérisseuse et voyante.