Figures et prophéties
Jeane Dixon et l'effet qui porte son nom

La voyante américaine qui aurait prédit l'assassinat de Kennedy, les prédictions qu'on oublie, et l'« effet Jeane Dixon » : pourquoi on se souvient des réussites et jamais des échecs.
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Jeane Dixon a été, dans les années 1960 et 1970, la voyante la plus célèbre des États-Unis. Sa renommée tient presque entièrement à une prédiction : l'assassinat de John F. Kennedy. Son nom est resté attaché à un phénomène que les mathématiciens et les psychologues connaissent bien, et qui aide à lire toutes les prophéties : l'effet Jeane Dixon.
Qui était-elle ?
Née Lydia Emma Pinckert au début du XXe siècle dans le Wisconsin, elle grandit en Californie, épouse un homme d'affaires, James Dixon, et s'installe à Washington, où elle devient agent immobilier. Elle se fait connaître comme voyante et astrologue, publie des chroniques dans les journaux, et devient célèbre avec la biographie que lui consacre la journaliste Ruth Montgomery en 1965, A Gift of Prophecy, vendue à des millions d'exemplaires. Elle meurt en 1997 à Washington.
On l'a parfois dite conseillère de la Maison-Blanche. L'astrologue que Nancy Reagan consultait dans les années 1980 pour caler l'agenda de son mari était pourtant une autre femme, Joan Quigley : l'affaire a été révélée en 1988 par l'ancien chef de cabinet du président, Donald Regan.
La prédiction de Kennedy
En mai 1956, le magazine Parade rapporte qu'elle voit l'élection présidentielle de 1960 remportée par un démocrate, qui serait assassiné ou mourrait en fonction, pas forcément pendant son premier mandat. Quand Kennedy est tué en novembre 1963, la prédiction fait le tour du pays.
On la raconte rarement en entier. En 1960, Jeane Dixon annonce aussi que Richard Nixon gagnera l'élection. Et la mort en fonction d'un président élu une année en zéro était un thème connu depuis longtemps : depuis 1840, plusieurs présidents élus ces années-là étaient morts au pouvoir. La prédiction était donc hésitante, et elle s'appuyait sur une coïncidence déjà célèbre. Elle avait pourtant été imprimée sept ans avant la mort de Kennedy. Le livre de Ruth Montgomery en a fait le cœur de sa légende, et c'est ce récit, plus que l'article de 1956, que le public a retenu.
Les prédictions qu'on oublie
- Une troisième guerre mondiale qui aurait commencé en 1958.
- Les Soviétiques premiers à poser un homme sur la Lune.
- Nixon vainqueur de l'élection de 1960.
- Et des centaines d'autres, publiées chaque année dans ses chroniques, dont personne ne se souvient.
L'effet Jeane Dixon
Le mathématicien John Allen Paulos a donné son nom à ce mécanisme : on fait beaucoup de prédictions, on met en avant les rares qui se réalisent, et on oublie toutes les autres. Sur des centaines de prédictions, quelques-unes finissent par tomber juste, quelle que soit leur origine.
Les statisticiens Persi Diaconis et Frederick Mosteller ont formulé la même idée autrement, sous le nom de « loi des très grands nombres » : avec un échantillon assez grand, n'importe quelle coïncidence étonnante finit par se produire. Des milliers de voyants, des milliers de prédictions par an : il y aura toujours une réussite spectaculaire à raconter.
C'est un outil utile pour lire toutes les prophéties de cette rubrique, de Nostradamus à Baba Vanga. Quand on te présente une prédiction réussie, trois questions suffisent : a-t-elle été écrite avant l'événement ? Combien d'autres prédictions la même personne a-t-elle faites, et combien se sont réalisées ? Était-elle précise, ou pouvait-elle coller à beaucoup de situations ? Une prédiction qui passe les trois, c'est là qu'elle devient vraiment intéressante.
Ce qu'on en sait aujourd'hui
Jeane Dixon reste une figure de la culture populaire américaine, et un cas d'école pour les statisticiens. Avait-elle un don ? Ses admirateurs le pensaient, ses critiques non. Ce qu'on sait, c'est que la presse retenait ses réussites et oubliait le reste, et ce tri n'a pas disparu : il s'est déplacé vers les réseaux sociaux.
Des sceptiques américains, comme le journaliste Gene Emery, ont longtemps comparé chaque année les prédictions des voyants médiatiques à ce qui s'était réellement passé. Leur constat revenait d'une année sur l'autre : les événements marquants de l'année n'y figuraient presque jamais.
Sources
- Parade, 13 mai 1956 (article rapportant sa prédiction sur l'élection de 1960).
- Ruth Montgomery, A Gift of Prophecy: The Phenomenal Jeane Dixon, New York, Morrow, 1965.
- John Allen Paulos, Innumeracy: Mathematical Illiteracy and Its Consequences, New York, Hill and Wang, 1988.
- Persi Diaconis et Frederick Mosteller, « Methods for Studying Coincidences », Journal of the American Statistical Association, 1989.
- Donald Regan, For the Record: From Wall Street to Washington, New York, Harcourt, 1988.
Preguntas frecuentes
Jeane Dixon a-t-elle prédit l'assassinat de Kennedy ?
En 1956, sept ans avant la mort de Kennedy, elle annonçait qu'un démocrate gagnerait en 1960 et mourrait en fonction. Mais en 1960, elle prédisait aussi la victoire de Nixon, et la prédiction reprenait une coïncidence connue sur les présidents élus les années en zéro.
Qu'est-ce que l'effet Jeane Dixon ?
La tendance à retenir les rares prédictions réussies et à oublier toutes celles qui ont échoué. Le nom a été popularisé par le mathématicien John Allen Paulos.
Quelles prédictions de Jeane Dixon ont échoué ?
Parmi d'autres : une troisième guerre mondiale en 1958, des Soviétiques premiers sur la Lune, la victoire de Nixon en 1960.
Comment juger une prédiction ?
Vérifier qu'elle a été écrite avant l'événement, compter les autres prédictions de la même personne et leurs réussites, et regarder si elle était précise ou pouvait coller à beaucoup de situations.