Figures et prophéties
Nostradamus : ce qu'il a vraiment écrit, et ce qui trouble encore

Qui était Michel de Nostredame, ce que contiennent ses Prophéties de 1555, ce qu'on lui prête sans raison, et les quatre vers qui troublent encore.
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Né en décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence, mort en juillet 1566 à Salon-de-Provence, Michel de Nostredame était apothicaire et médecin. De son vivant, il est surtout connu pour ses almanachs, ces petits livres annuels qui mêlaient calendrier, météo et prédictions. Son œuvre la plus célèbre, Les Prophéties, paraît à Lyon en 1555 : des quatrains rimés, rangés par groupes de cent, les « centuries ». Près de cinq siècles plus tard, on y cherche encore chaque guerre, chaque attentat, chaque épidémie.
Qui était-il ?
Le jeune Michel étudie à Avignon, puis la médecine à Montpellier. Dans les années 1520 à 1540, il parcourt le sud de la France pendant les épidémies de peste, avec des remèdes de son invention. Il s'installe à Salon-de-Provence en 1547, s'y marie, et commence à publier des almanachs vers 1550. Le genre est très répandu à l'époque : astrologie et prévisions font partie de la culture savante de la Renaissance.
Sa réputation monte jusqu'à la cour. Catherine de Médicis s'intéresse à lui, et en 1564, lors du grand tour de France du jeune Charles IX, la famille royale lui rend visite à Salon ; il reçoit le titre de conseiller et médecin ordinaire du roi. Il meurt deux ans plus tard, en 1566.
Ce qu'il a vraiment écrit
La première édition des Prophéties, chez Macé Bonhomme à Lyon en 1555, ne contient qu'une partie des quatrains. Les éditions suivantes, dont certaines posthumes, portent l'ensemble à dix centuries, soit près de mille quatrains. La langue est volontairement obscure : français du XVIe siècle, mots latins, tournures provençales, anagrammes, noms de lieux déformés. Presque aucun quatrain n'est daté.
Nostradamus ne cache pas ce choix. Dans la préface adressée à son fils César, il explique qu'il a écrit de façon obscure à dessein. Il y précise aussi que ses prophéties courent jusqu'en l'an 3797. Une lettre au roi Henri II, en 1558, donne quelques repères chronologiques, eux aussi énigmatiques.
Les historiens qui ont étudié le texte de près, comme Pierre Brind'Amour, ont montré qu'une bonne part des quatrains puise dans les historiens antiques et les chroniques de son temps, ainsi que dans les calculs astrologiques de l'époque. Beaucoup de quatrains reprennent ainsi des événements passés, projetés dans l'avenir : pour lui, l'histoire se répète.
Le cas le plus cité : la mort d'Henri II
En juillet 1559, le roi Henri II meurt des suites d'un accident de joute : la lance du comte de Montgomery se brise et un éclat lui traverse l'œil. On a rapproché cet accident du quatrain 35 de la première centurie, qui parle d'un jeune lion qui surmonte le vieux « en champ bellique par singulier duelle » et d'yeux crevés dans une cage d'or. Le rapprochement a été fait après l'accident, le texte ne nomme ni le roi ni l'année, et tout n'y colle pas : il parle aussi d'une bataille et d'une mort « cruelle ». Mais un duel, un œil crevé, une cage d'or : ces vers étaient imprimés depuis 1555, quatre ans avant. Hasard ou pas, chacun tranche.
Ce qu'on lui prête sans raison
- Hitler. Plusieurs quatrains parlent de « Hister ». La ressemblance frappe, et c'est elle qui a fait la légende. Mais c'est aussi le nom latin du Danube inférieur, l'Ister, courant chez les géographes antiques, et le fleuve apparaît avec d'autres noms de lieux dans les mêmes vers.
- Le 11 septembre 2001. Le quatrain qui a circulé dans les jours suivant les attentats, avec ses « deux frères » et sa « cité de Dieu », n'existe dans aucune édition des Prophéties. Il avait été écrit quelques années plus tôt, justement pour montrer qu'un texte vague colle à tout.
- L'an 1999. Le seul quatrain vraiment daté, qui annonce pour « l'an mil neuf cens nonante neuf sept mois » la venue d'un « grand Roy d'effrayeur » descendu du ciel, a été attendu avec angoisse. Juillet 1999 est passé sans rien de tel ; depuis, on rapproche ce quatrain d'autres événements.
- Mabus, l'Antéchrist, la fin du monde en telle année : ces lectures reposent sur des anagrammes et des traductions libres, qui changent à chaque nouvelle crise.
Pourquoi chaque époque s'y retrouve
Près de mille quatrains, sans date, dans une langue ambiguë : chaque époque peut y trouver un vers qui ressemble à ce qu'elle vit. Le plus souvent, on part de l'événement, puis on cherche le texte qui s'en approche ; ce geste porte un nom, la rétrodiction. Personne n'a encore reconnu un événement dans un quatrain avant qu'il arrive.
Les traductions font le reste. Un mot provençal devient un nom propre, une ville devient un pays, un nombre devient une date. Le magicien et enquêteur James Randi a consacré un livre entier à ces glissements d'un interprète à l'autre. Ça explique beaucoup. Ça n'enlève pas ce que certains vers ont d'étrange à lire, quand on connaît la suite.
Ce qu'on en sait aujourd'hui
Pour les historiens, Nostradamus est un homme de son temps : un médecin lettré, nourri d'astrologie et d'histoire antique, qui écrit dans une époque d'inquiétude, celle des guerres de Religion qui s'annoncent. Ses Prophéties sont un document passionnant sur la Renaissance, et un succès d'édition sans équivalent : près de cinq siècles qu'on les lit, et elles font encore travailler l'imagination comme peu de textes. Elles sont dans le domaine public. Lis le quatrain I, 35 en entier, et fais-toi ton idée.
Sources
- Michel de Nostredame, Les Prophéties, Lyon, Macé Bonhomme, 1555 (fac-similé consultable sur Gallica, Bibliothèque nationale de France).
- Pierre Brind'Amour, Nostradamus astrophile, Presses de l'Université d'Ottawa, 1993.
- Pierre Brind'Amour (éd.), Les Premières Centuries ou Prophéties, Genève, Droz, 1996.
- James Randi, The Mask of Nostradamus, New York, Scribner, 1990.
- Peter Lemesurier, The Unknown Nostradamus, O Books, 2003.
Questions fréquentes
Nostradamus a-t-il prédit la mort d'Henri II ?
Un quatrain de 1555 évoque un duel, deux lions et des yeux crevés, et on l'a rapproché de l'accident de joute d'Henri II en 1559. Le rapprochement a été fait après la mort du roi, et le texte ne le nomme pas. Mais les vers étaient imprimés quatre ans avant : à chacun d'y voir un hasard, ou autre chose.
Nostradamus a-t-il annoncé Hitler ?
Rien ne permet de le dire. Le mot « Hister » de plusieurs quatrains ressemble à Hitler, mais c'est aussi le nom latin du Danube inférieur, courant dans la géographie antique.
Combien de quatrains Nostradamus a-t-il écrits ?
Près de mille, répartis en dix « centuries », dont une partie publiée après sa mort. La première édition, en 1555, n'en contenait qu'une partie.
Nostradamus a-t-il donné une date de fin du monde ?
Pas lui. Dans la préface à son fils, il écrit que ses prophéties s'étendent jusqu'en 3797. Les dates de fin du monde qu'on lui attribue viennent de ses interprètes.