Prophètes et voyants
Nostradamus a-t-il vraiment prédit l'avenir ? Ce qu'il a écrit, et ce qui trouble encore

Nostradamus a laissé près de mille quatrains obscurs, presque tous sans date ni nom. Personne n'y a reconnu un événement avant qu'il arrive : les rapprochements se font après coup. L'un de ces quatrains tombe pourtant assez juste pour troubler : quatre vers imprimés quatre ans avant la mort d'un roi de France. On te dit lequel.
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Qui était Michel de Nostredame ?
Né le 14 décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence, mort le 2 juillet 1566 à Salon-de-Provence, Michel de Nostredame, dit Nostradamus, est d'abord apothicaire et médecin. Il soigne les malades de la peste en Provence, publie un traité des fards et des confitures, puis, à partir de 1550, des almanachs remplis de prévisions pour l'année. En 1564, il est nommé médecin ordinaire du roi Charles IX.
Ce qu'il a vraiment écrit : les Prophéties
En 1555 paraît à Lyon, chez Macé Bonhomme, la première édition des Prophéties : 353 quatrains. Les éditions suivantes en portent le total à près de mille, rangés par groupes de cent appelés « centuries ». Une centurie n'est donc pas un siècle : c'est une centaine de quatrains.
- Pas de dates, à de rares exceptions près : la plupart des quatrains ne disent pas quand.
- Pas d'ordre : ils ne suivent aucune chronologie.
- Une langue brouillée : français du XVIe siècle, mots latins, grecs et provençaux, anagrammes, syntaxe torturée.
- Des images générales : guerres, rois, pestes, incendies, inondations, ce qui arrive à toutes les époques.
Les « prédictions » les plus citées
Le quatrain I, 35 parle d'un « lyon jeune » qui surmonte le vieux « en champ bellique par singulier duelle » et lui crève les yeux dans une « caige d'or ». Il est imprimé en 1555. En 1559, le roi Henri II est blessé à l'œil dans un tournoi, et il en meurt. Le lien a été fait après l'accident, et rien dans le texte ne nomme le roi ni l'année. Mais les quatre vers étaient bien là, quatre ans avant. Hasard ou pas, chacun tranche.
Le quatrain II, 24 mentionne « Hister ». On y a vu Hitler, et les deux noms se ressemblent. Hister est aussi le nom latin du Danube inférieur, courant chez les auteurs de l'époque, et le reste du quatrain parle de bêtes affamées qui traversent des fleuves.
Le quatrain X, 72 est l'un des rares à porter une date : « L'an mil neuf cens nonante neuf sept mois, du ciel viendra un grand Roy d'effrayeur ». Juillet 1999 est passé sans rien de tel ; depuis, on rapproche ce quatrain d'autres événements.
Pourquoi chaque époque s'y retrouve
- On relit après coup : on cherche le quatrain une fois l'événement arrivé, parmi près de mille.
- Plus un texte est flou, plus il s'ajuste à des faits différents.
- Chaque traduction choisit un sens, et certains textes ont été attribués à Nostradamus après sa mort.
- On retient les rapprochements qui frappent, et on oublie les autres.
Ça explique beaucoup. Ça n'enlève pas ce que ces vers ont d'étrange à lire, quand on connaît la suite.
Domande frequenti
Nostradamus était-il astrologue ?
Il publiait des almanachs astrologiques et se présentait comme « astrophile ». Des contemporains lui reprochaient déjà des erreurs de calcul. Ses Prophéties, elles, ne donnent presque aucune position de planète.
Qu'est-ce qu'une centurie ?
Un groupe de cent quatrains. Les Prophéties en comptent dix, dont une incomplète.
A-t-il prédit la fin du monde ?
Dans sa lettre à son fils César, il évoque des temps très lointains, jusqu'à l'an 3797. Il n'y donne pas de date de fin du monde, ni rien qu'on puisse vérifier aujourd'hui.